Créer, danser, soigner
Les activités créatives contribuent à diminuer l’anxiété des personnes atteintes d’un cancer, selon l’OMS. Elles peuvent notamment jouer un rôle très important dans la période qui suit les traitements lourds, en aidant les patients à regagner un certain pouvoir sur leur vie, et à retrouver confiance.

BÉNÉFICES PSYCHIQUES
« Lorsque je travaillais avec des comédiens sur scène, j’éprouvais un profond sentiment de bien-être. C’était comme si la chimiothérapie avait disparu le temps des répétitions et des représentations. Les arts ne guérissent pas, mais ils peuvent soigner. C’est différent. » Voici comment Christopher Bailey, responsable du programme « Arts et santé » au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a décrit la manière dont l’écriture et la mise en scène de ses pièces de théâtre l’ont aidé à surmonter son combat contre le cancer.
Reconnus pour leurs capacités à enrichir nos vies, les arts peuvent également jouer un rôle important dans notre santé. Dans un rapport paru en 2019, l’OMS révélait que le fait d’écouter de la musique ou de réaliser un atelier artistique participait notamment à réduire l’anxiété des personnes atteintes d’un cancer. En Suisse romande, plusieurs institutions proposent des activités créatives destinées à ces patients.
CONSCIENTISER ET PARTAGER
Diagnostiquée d’un cancer du sein en juillet 2022, à l’âge de 35 ans, Noémie entend parler d’OSE Thérapies par le biais de son infirmière référente au CHUV. « Étant très sportive, ma première inquiétude était de perdre ma condition physique. J’ai d’abord commencé par des sessions de Nordic Walking et de renforcement musculaire adaptées. »
Les arts ne guérissent pas, mais ils peuvent soigner. C’est différent.
L’association lausannoise propose également des ateliers artistiques, auxquels la jeune femme décide de participer un peu plus d’un an après l’annonce du diagnostic. « À l’époque, je ne me considérais pas comme quelqu’un de créatif, mais j’avais l’intuition que ça allait m’apporter quelque chose au niveau émotionnel. » Noémie prend part à des ateliers de journal créatif, qui incluent des sessions d’écriture spontanée. « Dans ces moments, c’est mon inconscient qui prend le dessus et qui parle. Il m’amène à des endroits de moi-même que je n’avais pas anticipés, et me permet de conscientiser des choses que je n’aurais pas pu conscientiser autrement. Le fait de pouvoir partager sa création avec d’autres participants qui traversent les mêmes épreuves que soi est aussi essentiel dans ce processus. J’ai beaucoup pleuré, et ça m’a énormément aidée de me sentir comprise. »

Fondée en 2018 par Lynda Gassouma, OSE Thérapies propose une vingtaine d’activités physiques adaptées (APA) et artistiques, ainsi que des sessions thérapeutiques de réflexologie ou encore d’autohypnose. « J’ai voulu créer une structure qui puisse offrir ce type d’accompagnement à toute personne malade, ou l’ayant été. Il ne faut en effet pas sous-estimer la difficulté que peut représenter la période d’après cancer, durant laquelle certaines personnes peuvent se sentir livrées à elles-mêmes et ne pas savoir par où commencer pour se reconstruire », explique cette ancienne préparatrice de chimiothérapies passionnée de danse orientale. Un constat confirmé par Noémie: « Les ateliers créatifs d’OSE Thérapies m’ont énormément aidée dans la période d’après « gros traitements ». Lorsque les rendez-vous ont commencé à s’espacer, j’ai eu un grand sentiment d’abandon. Le soutien que j’ai pu trouver dans ces ateliers a été essentiel. Je ne pense pas que je m’en serais aussi bien sortie sur le plan psychologique sans ça. Cela m’aide d’ailleurs encore aujourd’hui. »
Afin que les activités puissent être accessibles à tous et en tout temps, et autant de fois que souhaité, leurs prix sont au bon vouloir des bénéficiaires. «On a pu me reprocher que les séances ne soient pas remboursées, mais c’est un système qui permet d’éviter des discriminations financières qui ne devraient pas exister dans de tels moments de vie, dans un esprit communautaire.»

DANSER POUR RETROUVER CONFIANCE
Depuis 2019 dans le canton de Vaud et depuis 2025 dans le canton de Genève, la danse est intégrée aux programmes de réadaptation oncologique dispensés par la Ligue contre le cancer.
Ancien danseur professionnel au Béjart Ballet de Lausanne, David Rodriguez est à l’origine de cette initiative. «Le fait qu’un comité d’oncologues reconnaisse les effets bénéfiques de la danse sur les patients constituait une petite révolution à l’époque, qui faisait écho à une nouvelle définition de la santé de l’OMS comme un état global physique, psychologique et social, et non juste comme l’absence de maladie.»
Remboursés en grande partie par LAMal, les programmes de réadaptation incluent diverses activités collectives et individuelles telles que de l’APA, du Nordic Walking, des séances de diététique, de remédiation cognitive, du coaching professionnel ou encore de la danse. D’une durée de 12 semaines, ils peuvent être suivis pendant le traitement aigu de la maladie, mais principalement après.
La danse, et l’art en général, sont aussi une manière d’accéder et d’exprimer des émotions autrement que par des mots, ce qui peut être libérateur.
Aujourd’hui, 70% des femmes et 69% des hommes ayant développé un cancer vivent encore cinq ans après l’annonce du diagnostic, selon la Ligue suisse contre le cancer. «Pour autant, les séquelles psychiques et physiques peuvent être très conséquentes, sans compter les risques de précarisation et de stigmatisation, précise David Rodriguez. La maladie malmène par ailleurs le corps. Au-delà des bénéfices physiques que la danse peut apporter d’un point de vue cardiologique, métabolique et respiratoire, le fait de mémoriser des mouvements, d’apprendre à les coordonner et d’y arriver permet aux participants de regagner un certain pouvoir sur leur corps, de retrouver confiance. Contrairement à une activité purement physique, la danse, et l’art en général, sont aussi une manière d’accéder et d’exprimer des émotions autrement que par des mots, ce qui peut être libérateur.»
AU-DELÀ DU MILIEU MÉDICAL
En 2020, David Rodriguez lance le projet «Dansons la vie!». Ce gala caritatif, associé à un programme d’ateliers, vise à promouvoir la danse comme soin de support en oncologie. Lors de la première édition en 2023, huit patients souffrant d’un cancer partagent la scène avec 26 danseurs professionnels. En 2025, ce sont 23 patients qui dansent aux côtés de 44 artistes. «La plupart des patients n’ont jamais dansé de leur vie, c’est un sacré défi! Mais nous n’avons que des retours positifs. L’objectif consiste à favoriser les échanges avec les artistes, dans un cadre différent du milieu médical.» Une mission qui va se trouver renforcée grâce à la création de la fondation «Dansons la vie!» en 2026. «Nous continuerons de proposer des cours collectifs de danse, tout en développant la recherche scientifique, ainsi que des partenariats avec les secteurs académiques, médicaux et culturels. Un projet avec le Béjart Ballet Lausanne aura aussi pour but de sensibiliser d’autant plus les artistes à la cause, tout en donnant l’opportunité aux patients de venir répéter au sein même des studios du BBL.»
ORGANISMES PROPOSANT DES ATELIERS CRÉATIFS EN SUISSE ROMANDE
Association OSE Thérapies · Lausanne
ose-therapies.ch
Association Cancer Support · Genève
cancersupport.ch
Association Healing Joy · Genève
healingjoy.ch
Fondation Otium
Genève
otium.center
Cabinet Kintsugi
Lausanne
kintsugido.ch