Priya Ragu: « Chanter me permet d’être en lien avec le monde et les personnes qui m’entourent »

Née à Saint-Gall, Priya Ragu compose des chansons aux influences R&B teintées de battements électro et de griffes issues de son héritage tamoul. Elles disent l’âme vibrante d’une culture; elles disent aussi la puissance d’une femme.

Priya Ragu, artiste suisse entre R&B et électro

Le timbre de sa voix à la fois lumineux et frondeur, alliant caractère et majesté, est reconnaissable parmi toutes. Le même qui, dans son premier album Santhosam (« bonheur » en tamoul), signé chez Warner Records en Grande-Bretagne et produit avec son frère Japhna Gold, avait fait l’unanimité dès sa sortie en 2023. Les thèmes universels, tels que l’amour, les pressions familiales ou encore la quête d’identité nourrissent son travail. Repérée très vite par le New York Times, la BBC et MTV, l’ascension de Priya Ragu ressemble aujourd’hui à celle d’une fusée qui explose un épais plafond de verre.

Se libérer des injonctions et trouver sa voi(x)e

Tout commence par une enfance aux côtés de parents d’origine sri-lankaise, pour qui l’excellence se loge dans le choix d’une vie parfaitement rangée. Comprenant vite qu’un avenir dans une profession artistique n’est pas une option, Priya Ragu jette rapidement ses ambitions aux oubliettes bien que sa tête soit remplie de résonances de jazz et de néo-soul. Son talent et son oreille musicale, confinés dans la case du passe-temps, font leurs preuves lors de scènes ouvertes ponctuelles ou rebondissent entre les quatre murs de sa chambre lorsqu’elle chantonne du Lauryn Hill, du Fugees ou de l’Alicia Keys. Une fois adulte, elle décide sagement de consacrer sa carrière chez Swiss dans la vente de composants aéronautiques.

« Créer me permet d’être au bon endroit pour libérer les pensées » Priya Ragu

« À trente ans, j’avais un métier, un revenu et l’assurance d’une vie confortable mais le vide qui l’accompagnait devenait abyssal. » En 2017, ne pouvant plus ignorer le désir de créer, elle fait confiance à son impulsion et s’envole à New York, tournant le dos momentanément à un avenir tout tracé, pour opérer sa propre conquête de l’est. L’objectif ? Se consacrer pleinement à la musique, composer dix chansons puis revenir en Europe pour reprendre sa carrière professionnelle. S’ensuivent six mois de dur labeur en studio où elle prend conscience du temps et de la discipline que nécessite le métier. « Créer me permet d’être au bon endroit pour libérer les pensées, d’apaiser poliment les inquiétudes, de mieux exprimer mes émotions de façon organique. »

Pendant ce séjour outre-Atlantique, elle va travailler à distance avec son frère producteur de musique établi en Suisse. Au cours d’une session de travail, il lui suggère d’intégrer des percussions indiennes. C’est là que naît leur style fusion entre Orient et Occident résolument avant-gardiste. Ils le baptiseront le « Raguwavy »; une signature sonore mettant en lumière leur double culture, dont ils connaissent parfaitement les codes et les expériences plurielles qu’elle engendre. Leurs compositions deviennent un hommage et une célébration identitaire.

Un travail de maturité

 Priya revient en Suisse et reprend sagement son métier chez Swiss. Une partie de son salaire est alors dépensée dans les enregistrements et la production de clips vidéo. En 2018, les titres « Leaf High » et « Lighthouse » sont mis en ligne. Peu de temps après, c’est sur les ondes de la radio publique SRF3 que sa musique est diffusée. La sortie du titre « Good Love 2.0 » est propulsée par Annie Mac, DJ irlandaise et star de la BBC. Le morceau est choisi comme bande-son du jeu vidéo FIFA 2021. Les premières maisons de disques toquent à sa porte. Tout s’enchaîne rapidement et conforte Priya sur la succession des choix qu’elle a faits. En août 2020, l’autrice-compositrice-interprète signe chez Warner UK.

« Être artiste, c’est se mettre constamment au défi » Priya Ragu

Après dix ans chez Swiss, Priya Ragu démissionne pour se consacrer entièrement à sa vocation. « À l’heure qu’il est, je pourrais être mariée et mère de famille. De façon intuitive, je savais qu’il y avait quelque chose d’autre prévu pour moi. Si je m’étais conformée aux choix des autres, je ne serais pas là. Je n’éprouve aucun regret, je ne me dis jamais que cela aurait dû arriver plus tôt ; je sais que chaque chose arrive en son temps. Être artiste, c’est se mettre constamment au défi. Sans les prises de conscience qui ont jalonné mon parcours, il m’aurait été impossible de composer ces morceaux. J’espère pouvoir inspirer d’autres femmes à se lancer plus tard que la vingtaine », confie-t-elle avec ce regard résistant aux classifications.

Le 10 septembre dernier est sorti son nouveau titre « Finally », un manifeste de l’amour. Montez le son.

www.priya-ragu.com

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