Plus de 70% des cancers du sein sont détectés à un stade précoce en Suisse. Les programmes de dépistage cantonaux jouent un rôle essentiel dans ce processus. Au vu toutefois de la hausse des cas chez les femmes de moins de 50 ans, trois sociétés médicales recommandent d’abaisser l’âge du dépistage à 45 ans.
CONTEXTE SUISSE
À l’avenir, les Suissesses pourraient être convoquées régulièrement à une mammographie dès l’âge de 45 ans. C’est du moins ce que recommandent la Société suisse de radiologie (SGR-SSR), la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique (SGGG) et la Société suisse de sénologie (SGS). Dans un communiqué publié en mai 2026, les trois organismes précisent qu’un dépistage plus précoce du cancer du sein permettrait notamment de réduire les traitements lourds liés aux formes avancées de la maladie. « Cela se traduirait également par de meilleures chances de guérison et de survie chez ce groupe de patientes », souligne Francesco Sciotto, médecin-chef du service d’oncologie à l’hôpital de La Tour, à Genève.
En Suisse, environ 6’800 femmes et 60 hommes développent un cancer du sein chaque année, selon la Ligue suisse contre le cancer. Près de la moitié des cas concerne des femmes âgées entre 50 et 69 ans, tandis que 20% de toutes les patientes ont moins de 50 ans. De récentes données sur lesquelles s’appuie la nouvelle recommandation indiquent néanmoins une hausse de la maladie chez les femmes de moins de 50 ans. « Dans la mesure où l’incidence du cancer du sein chez les femmes âgées de 45 à 49 ans est relativement proche de celle des femmes ayant plus de 50 ans, il est en effet légitime de se poser la question d’élargir le dépistage systématique à cette tranche d’âge. Plusieurs pays européens ont d’ailleurs déjà fait ce pas. Pour l’instant, nous manquons toutefois de données propres au contexte suisse, l’étude sur laquelle repose la recommandation ayant été réalisée en Angleterre. Ces informations sont toutefois essentielles afin de déterminer s’il vaut la peine de conseiller un dépistage systématique à cette tranche d’âge dans l’absolu et si oui, sous quelle forme et à quelle fréquence, les cancers chez les patientes plus jeunes ayant notamment tendance à être plus agressifs », détaille Ania Wisniak, médecin responsable du programme cantonal de dépistage du cancer à Genève.
DISPARITÉS CANTONALES
La Suisse est l’un des rares pays européens à ne pas disposer d’une politique nationale unique en matière de dépistage du cancer du sein. Gérés au niveau cantonal, les premiers programmes voient le jour dans les années 1990. Le principe consiste à inviter les femmes âgées de 50 à 74 ans à effectuer une mammographie tous les deux ans, en remboursant le prix de l’intervention. « Ces programmes avaient historiquement pour but de réduire le taux de mortalité lié au cancer du sein, précise Ania Wisniak. Des études menées depuis une trentaine d’années ont d’ailleurs montré une diminution de la mortalité d’environ 20%. » Aujourd’hui, près de 90% des personnes touchées par un cancer du sein en Suisse survivent à la maladie, selon la Ligue suisse contre le cancer. « L’enjeu consiste désormais davantage à dépister la maladie à des stades précoces afin de garantir des traitements moins invasifs, plus courts et donc aussi moins coûteux, ainsi que de garantir une meilleure qualité de vie par la suite. »
« Aujourd’hui, près de 90% des personnes touchées par un cancer du sein en Suisse survivent à la maladie. » Selon la Ligue suisse contre le cancer.
Des programmes existent aujourd’hui dans toute la Suisse romande, au Tessin et dans certains cantons alémaniques. Alors que le canton de Lucerne a envoyé ses premières invitations à ses résidentes en juillet 2026. Ailleurs en Suisse centrale et à Zurich, les femmes n’ont encore souvent d’autres choix que de passer par l’option dite « opportuniste », c’est-à-dire à leurs propres frais. « De nouveaux programmes devraient bientôt être lancés dans cinq des huit cantons qui n’en dispensent pas encore, ce qui témoigne d’une volonté d’améliorer la couverture générale », dit Ania Wisniak.
Et Francesco Sciotto d’ajouter: « Dans la mesure où ils reposent sur des données probantes et permettent un diagnostic définitif, ainsi qu’un accès à une prise en charge rapide et efficace de la maladie, ces programmes constituent un important élément de santé publique. Il serait donc souhaitable d’uniformiser un peu les choses. »
« L’enjeu consiste désormais davantage à dépister la maladie à des stades précoces afin de garantir des traitements moins invasifs, plus courts et donc aussi moins coûteux. » Ania Wisniak, médecin responsable du programme cantonal de dépistage du cancer à Genève.

PARTICIPATION EN HAUSSE
Les programmes de dépistage sont régulièrement évalués, notamment en termes de taux de participation. Comparé à toutes les périodes précédemment analysées, le nombre de participantes a atteint son niveau le plus élevé entre 2019 et 2021 (47,3%). C’est ce qu’a révélé la dernière étude du Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté), mandatée par Swiss Cancer Screening, parue en 2024. En Suisse romande, c’est le canton de Fribourg qui enregistre le taux de participation le plus haut (57%), suivi du Valais (52%), Vaud (47%) et Genève (40%). « Nous souhaitons bien évidemment augmenter le taux de participation à Genève. Afin de cibler là où des efforts doivent encore être réalisés, par exemple en matière de gratuité ou d’information pour ne laisser personne de côté, il s’agit désormais de récolter des données pour obtenir une meilleure vue d’ensemble du dépistage dans le canton, y compris opportuniste. On sait en effet qu’une bonne partie des Genevoises réalisent des mammographies en dehors du programme cantonal », explique Ania Wisniak.
Dans 95% des cas, la mammographie ne révèle aucune anomalie qui pourrait indiquer la présence d’un cancer du sein. « Nous nous dirigeons à moyen terme vers des modalités de dépistage toujours plus personnalisées, qui prendront en compte les facteurs de risques individuels de déclencher la maladie pour chaque patiente. Ceci permettra d’adapter les recommandations au cas par cas, en espaçant par exemple les intervalles entre chaque mammographie pour des femmes à faibles risques, et en les rendant plus régulières pour celles présentant de hauts risques. À plus long terme, d’autres modalités de dépistage, par exemple par prise de sang, pourraient voir le jour. Dans un futur plus proche, l’assistance par intelligence artificielle devrait être intégrée de manière harmonisée au sein des programmes, afin de bénéficier du plein potentiel de ces outils, tout en les rendant plus sûrs et plus efficaces », conclut Ania Wisniak.
PROGRAMMES DE DÉPISTAGE EN SUISSE ROMANDE
Valais
depistagesein-vs.ch
Vaud
depistagesein-vd.ch
Genève
depistage-ge.ch/sein
Berne-Jura-Neuchâtel
depistage-bejune.ch
Fribourg
fribourg.liguecancer.ch/depistage-du-cancer/depistage-du-cancer-du-sein
