Francesco Sciotto est médecin-chef du service d’oncologie à l’Hôpital de La Tour, à Genève. Il revient sur les évolutions et les enjeux en matière de traitement, de prise en charge et de prévention du cancer du sein en Suisse.

Une étude mondiale publiée fin 2023 indique que le nombre de cancers a doublé en 30 ans chez les moins de 50 ans. Des spécialistes ont toutefois nuancé ces résultats pour la Suisse. Qu’en est-il pour le cancer du sein ?
Dr Francesco Sciotto : L’incidence du cancer du sein reste relativement stable, avec quelques différences selon les cantons. La Suisse romande affiche en effet un taux plus élevé de cancers du sein que la Suisse allemande, avec Genève en tête. À l’heure actuelle, nous ne connaissons pas encore les causes de cette différence épidémiologique.
Ce qui est vrai, c’est que le nombre de cancers du sein, et donc sa prévalence, a globalement augmenté depuis une dizaine d’années. Cela est probablement dû au fait qu’ils sont aussi découverts à des stades beaucoup plus précoces, ce qui va de pair avec un taux de survie nettement plus élevé. En ce qui concerne la répartition des patientes selon leur âge, les chiffres restent stables: 80 % des cancers détectés concernent des femmes de plus de 50 ans, et 20 % des cas touchent des patientes plus jeunes. Dans le cadre de ma pratique, j’ai toutefois l’impression de voir en consultation un peu plus de jeunes femmes qu’auparavant.
La prise en charge est-elle la même chez une patiente jeune que chez une patiente plus âgée ?
Globalement, les moyens thérapeutiques demeurent les mêmes. Cependant la prise en charge d’une patiente jeune (moins de 50 ans) présente certaines spécificités. Nous devons tenir compte d’un statut hormonal différent, ainsi que d’une biologie tumorale qui n’est probablement pas la même, les cancers du sein chez les jeunes femmes ayant parfois un comportement plus agressif. Le choix du bon traitement doit donc prendre en compte ces éléments et être le mieux adapté à la situation de la patiente. Chez une femme jeune, par exemple, nous sommes souvent obligés de modifier davantage son équilibre hormonal, ou de faire recours plus facilement à une chimiothérapie. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que tout est rendu encore plus complexe par le fait qu’il s’agisse de femmes en pleine activité professionnelle ou qui souhaitent avoir des enfants et fonder une famille.
Quelles sont les principales évolutions en matière de traitement du cancer du sein aujourd’hui en Suisse ?
L’oncologie sénologique a fait de gros progrès au cours de ces cinq dernières années. Aujourd’hui, nous avons toute une série de nouveaux médicaments qui permettent de prendre en charge les différents types de cancers du sein, qui est, rappelons-le, une maladie très hétérogène, de manière d’autant plus ciblée. L’immunothérapie est entrée timidement dans notre arsenal thérapeutique, et de nouveaux traitements antihormonaux voient le jour. Mais la grande révolution concerne l’arrivée de ce qu’on appelle des anticorps-conjugués, des molécules capables de véhiculer avec beaucoup plus de précision et d’élégance la chimiothérapie, là où elle et nécessaire.
Toutes ces avancées nous ont permis d’atteindre des résultats vraiment encourageants dans la lutte contre ce cancer. Les taux de survie augmentent et des situations considérées dépassées auparavant sont maintenant mieux maitrisées.
Qu’en est-il des enjeux en termes de prévention?
Les programmes de dépistage représentent probablement l’action la plus importante. Son utilité est d’autant plus évidente chez des patientes qui ont dans la famille des proches avec un cancer du sein. Sur le plan personnel, il ne faut pas oublier les consignes visant à favoriser un style de vie sain. Le fait de pratiquer une activité physique régulière, d’éviter le surpoids, d’avoir une alimentation riche en produits végétaux et variée, qui limite les aliments ultra-transformés, sont autant de points sur lesquels on peut activement agir pour réduire le risque de ce type de cancer. Il en va de même pour la consommation d’alcool, qu’il s’agit de limiter au maximum. Certaines données semblent en effet désigner l’alcool comme un véritable facteur de risque. Pour résumer, il s’agit donc d’avoir un mode de vie sain, de réaliser un suivi gynécologique régulier et de participer aux programmes de dépistage au moment venu.
En savoir plus sur www.la-tour.ch