La gym du périnée

A quoi ça sert? Comment ça marche? Le Dr de Gasquet nous donne ses conseils pour renforcer cette zone musculaire fondamentale tout en la protégeant.

Pendant longtemps, cet ensemble de muscles, qui s’étend du bas de l’abdomen jusqu’au plancher pelvien, a été le grand oublié des livres d’anatomie. Et pourtant… Acteur clé des fonctions physiologiques de propreté, de l’enfantement et de la sexualité, c’est aussi le muscle de l’effort par excellence. Il est indissociable du diaphragme, l’autre chaîne musculaire stratégique qui fait le lien entre la poitrine et les viscères. Le hic: «La conscience du périnée dans l’enseignement sportif en est à ses balbutiements», déplore le Dr Berna dette de Gasquet*. Spécialisée en périnéologie et professeur de yoga, elle constate les dégâts infligés à ce muscle très exposé chez la femme. Surpoids, accouchement, constipation et sport sont des facteurs de risque. «Les organes de l’abdomen sont suspendus, donc soumis à la gravité. Toute pression supplémentaire pèse sur le périnée qui finit par céder, entraînant les organes à sa suite et un cortège de symptômes. Chez les jeunes athlètes féminines qui préparent les jeux Olympiques, on relève, en moyenne selon les disciplines, 60% d’incontinence (80% pour le trampoline)», pointe la professionnelle qui intervient dans la formation des instructeurs.

Ni rigide, ni mou, il doit être élastique
Il est donc urgent de sensibiliser les femmes à une pratique sportive qui préserve leur périnée. Sont tout indiqués, la marche rapide (nordique, par exemple), le vélo ou les sports de glisse, car ils obligent un gainage parfait de la ceinture abdominale. Le Pilates, lui, est une activité à risque car «il reprend les postures du yoga mais avec la respiration haute, le ventre serré, donc en pression permanente». Tout comme le running, le tennis, la course de haies, le volley, le handball et tout ce qui comporte des sauts, des tractions de charge ou sollicite des abdos. Pour les pratiquer en toute sécurité, il faut une conscience posturale aiguë. «De plus en plus de coachs et de professeurs de gym viennent compléter leur formation dans notre centre parisien», note le Dr de Gasquet. Au programme, pas de musculation périnéale à outrance, la gym du périnée «qui rend le muscle rigide, alors qu’il doit être élastique pour bien fonctionner avec le diaphragme, précise le médecin. Il se travaille en intégrant l’ensemble du corps, comme en danse orientale, où tout le périnée est mobilisé sans que cela soit conscient. On enseigne à ressentir sa contraction et sa détente, avec ou sans les fessiers, les adducteurs, les abdos; et on donne les repères posturo- respiratoires qui protègent pendant l’effort, a fortiori pour le renforcement des abdos.» En plus des cours de formation aux professionnels et des cours aux particuliers, l’Institut de Gasquet vient d’ouvrir une antenne de diagnostic et d’éducation périnéale à Paris. Une sage-femme spécialisée se charge du bilan périnéal, l’ostéopathe peut intervenir pour rééquilibrer le bassin. Une kiné spécialiste des diastasis (écartement des abdominaux grands droits) établit un protocole personnalisé de travail abdominal. Sans oublier les ateliers du week-end pour assimiler cette science émergente du périnée sportif.

* Auteur de Périnée, arrêtons le massacre! (éd. Marabout).

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