Et là, je lui réponds quoi?

Comment on fait les bébés? On va tous mourir un jour? Pas simple de répondre à certaines questions. Décryptage et conseils pour trouver les mots justes.

«Est-ce que Daech va tous nous tuer?»
Pourquoi il en parle? Parce que tout le monde a commenté les attentats du 13 novembre dernier à Paris. Difficile d’y échapper et, même s’il n’a pas vu d’images directement, il a perçu notre inquiétude. Vigilance avec les moins de 6 ans qui peuvent, si on ne leur donne pas d’explications sur nos émotions, se sentir responsables de nos angoisses. Comment lui répondre? Quand survient un événement bouleversant, on lui parle calmement de ce qu’on ressent. Face à des attentats, on peut ainsi avouer avoir eu peur tout en le rassurant en signalant qu’à la maison, à l’école, dans la rue… les parents et la police sont là pour le protéger. Quant aux faits proprement dits, il est inutile de l’abreuver de détails. Aux plus jeunes qui dégainent rapido un «et pourquoi?», on peut répondre que des hommes méchants sont venus tuer des personnes car ils n’acceptent pas que d’autres pensent et vivent différemment qu’eux. Avec les plus grands, on relativise pour ne pas sombrer dans la psychose: le risque de mourir dans un attentat est vraiment faible (bien plus faible que de remporter le gros lot à l’Euromillion, si l’on en croit l’humoriste québécois Louis T qui s’est amusé à comparer les chiffres tous azimuts dans sa vidéo qui cartonne sur YouTube: «Le terrorisme en Occident, c’est quoi le problème?»
Ça peut aider: on télécharge le Dossier spécial attentats de Paris destiné aux 5-8 ans sur www.fleuruspresse.com

«Pourquoi la dame n’a pas de cheveux?»
Pourquoi il en parle? Près de 158 000 nouveaux cas de cancers féminins par an et des chimiothérapies qui peuvent entraîner une perte de cheveux… Les enfants étant observateurs, ils demandent, et c’est tout. Ils n’imaginent pas qu’ils puissent blesser par leurs remarques (celles qui donnent envie de disparaître dans un trou de souris quand leur petite voix résonne dans le bus ou à la caisse du supermarché!). Comment lui répondre? Avec une explication pas barbante et simple: «La dame a une maladie qui s’appelle le cancer et elle prend des médicaments qui la soignent mais peuvent faire tomber ses cheveux.» Au passage, on rappelle aussi que les médecins réussissent à guérir de plus en plus de gens. Et si on est soi-même concernée? En 2008, une étude a clairement montré que les enfants informés de la maladie et des traitements de leur parent sont moins anxieux. On peut alors se tourner vers les associations (www.
liguecancer.ch, www.medecine.unige.ch/cds) qui informent sur le cancer et réalisent souvent des brochures ou une liste de livres pour enfants pour aborder la maladie.
Ça peut aider: La copine de Lili a une maladie grave, par Dominique de Saint-Mars et Serge Bloch (Ed. Calligram), et si on est directement concerné, le site internet www.cancerjeuneparent.com s’adresse aux parents de jeunes enfants qui doivent mener de front éducation et lutte contre la maladie.

«Il fait comment le papa pour mettre la graine dans le ventre de maman?»
Pourquoi il en parle? Parce que ça fait partie des incontournables questions de l’enfance. Entre 3 et 6 ans, les petits traversent une période de curiosité sexuelle intense. Ensuite, ils deviennent pudiques et ne veulent plus se montrer nus (embouteillages en perspective dans la salle de bains familiale…). Puis, entre 7 et 12 ans, ils sont assaillis par la culture ado, la téléréalité, des images érotisées stéréotypées, voire pornos sur Internet. D’où des questions qui nous laissent parfois sans voix («C’est quoi une fellation?»)… Comment lui répondre? Avec tact. Primo, on l’interroge sur ce qu’il pense, lui. Pas pour botter en touche, mais pour comprendre où il en est de ses «connaissances» ou croyances… Et on répond simplement: «Quand le monsieur et la dame sont amoureux, s’aiment très fort et décident de faire un bébé, le papa met son pénis dans le vagin de la maman pour déposer cette fameuse graine, qui deviendra un bébé.» Pas besoin d’explications anatomiques détaillées: il ne veut pas «tout savoir», mieux vaut le laisser revenir quand il le voudra. Et quel que soit son âge, on insiste sur les émotions et le sentiment amoureux car, derrière ces questions, il en pose une autre, essentielle: savoir s’il a été attendu, désiré par ses parents, bref, s’il est aimé!
Ça peut aider: Le corps, de la collection Ma Baby Encyclopédie (Larousse), à partir de 3 ans, et, pour les plus de 8 ans, Le guide du zizi sexuel, de Zep et Hélène Bruller (Ed. Glénat).

«Pourquoi mon copain Lulu à deux mamans?»
Pourquoi il en parle? Le mariage pour tous a suscité des débats passionnels, relayés par les médias, l’école… Et puis, certains de leurs copains peuvent être dans ce cas. Comment lui répondre? Le plus simple est de rester factuelle: «La mère de Lulu n’a pas voulu se marier ou vivre avec un homme, car certaines femmes – et certains hommes – tombent amoureuses de personnes du même sexe qu’elles. Donc, Lulu vit avec une maman qui l’a fabriqué et son autre maman qui s’occupe de lui aussi. Ou avec un papa qui l’a fabriqué avec une maman, mais avec qui il ne vit pas en couple car il a un amoureux. Ou encore il a été adopté par l’un et vit avec les deux. Mais ce qui compte, c’est que le sentiment amoureux existe.
Ça peut aider: La princesse qui n’aimait pas les princes, d’Alice Brière – Haquet (Actes Sud Junior).

«Mamie, elle va bientôt mourir?»
Pourquoi il en parle? A 7-8ans environ, il réalise que la mort «c’est pour de vrai» et pas comme dans les jeux. C’est universel, inéluctable et irréversible: il doit «digérer» une réalité qui nous angoisse tous… Comment lui répondre? Même si Mamie est en pleine forme, on n’élude pas la question: on lui explique que, dans l’ordre des choses, les personnes les plus âgées meurent d’abord. «Mamie mourra un jour, quand elle aura fini sa vie.» Pour l’instant, elle a encore des choses à vivre et à partager avec lui. Cette grande question en cachant souvent une autre («et toi, tu vas mourir un jour?»), on le rassure: les parents meurent en principe quand leurs enfants sont vieux. S’il insiste, on peut ajouter que personne ne sait quand il a fini sa vie, mais les humains, contrairement aux animaux, peuvent se souvenir des bons moments passés avec ceux qui sont morts. Et les garder ainsi vivants dans leur coeur.
Ça peut aider: Si on parlait de la mort, du Dr Catherine Dolto et de Colline Faure-Poirée (Ed. Gallimard).

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