Signature olfactive…

Est-il nez? De manière instinctive. Thérapeute? Il y a de ça… Expert? Oui, mais pas seulement! Philippe Cart est tout cela à la fois. Le parfum ne se respire plus, il se pense, s’expérimente et serait à même de décrypter nos âmes… L’approche pourrait paraître singulière si cet expert en haute parfumerie, installé à Lausanne, n’était pas certain que chaque histoire trouve sa correspondance olfactive.

Comment est né votre intérêt pour les parfums?
Je dois cette curiosité à mon père qui m’a poussé, très jeune, à mettre le nez dans ses boîtes à thé. Je ne me souviens pas d’un matin sans un thé noir du Sri Lanka dont je suis originaire. Ayant été adopté à 3 mois, c’était peutêtre une façon pour lui de maintenir le lien avec ce pays. L’autre élément déclencheur a été ma marraine. J’avais l’habitude de choisir ses parfums, jusqu’au jour où elle a perdu l’odorat. J’ai réalisé qu’un parfum ne se résumait pas à «j’aime, je n’aime pas» et qu’il pouvait raconter bien autre chose… Une personnalité, une histoire, un état d’esprit. J’ai cherché des fragrances en lien avec ce que je percevais d’elle. Quand on sait que le sens olfactif est directement connecté aux émotions, il n’y a rien d’étonnant.

Comment êtes-vous entré dans la parfumerie?
Au culot! D’abord chez Sephora. La directrice m’a dit: «Vous voulez entrer chez nous? Vendez-moi un parfum!» J’ai répondu: «D’accord, parlez-moi de vous.» Elle m’a avoué deux ans plus tard que le parfum que je lui avais suggéré était celui qu’elle portait. Intégrer le groupe LVMH m’a offert de nombreuses opportunités de formations et de fonctions au sein des marques. J’ai travaillé, ensuite, comme expert-conseil pour la parfumerie de niche chez L’Artisan Parfumeur, puis aux côtés d’un collectionneur jusqu’au lancement de ma propre boutique.

Quelle était votre intention à ce moment-là?
Eduquer le client, car c’est lui qui fait la force du marché! Les marques ne partagent aucune information et se contentent de jouer avec les faiblesses des gens. On achète un parfum pour devenir aussi fort qu’Hercule ou aussi belle que la déesse d’une pub. Pendant longtemps, on nous a dit: «Ne pensez pas, achetez!» Je crois au contraire qu’il faut détricoter les personnalités. J’étudie les histoires individuelles pour trouver la fragrance qui sera l’exact reflet de ce que l’on est. C’est une analyse de la personnalité olfactive.

Vous est-il arrivé de vous tromper?
Une fois. Je n’ai pas vu que la personne m’avait caché l’essentiel au cours de sa consultation. Etre honnête avec soi demande parfois du courage!

Rester fidèle à un parfum a-t-il un sens?
Je ne crois pas car nous ne sommes jamais les mêmes, mais c’est peut-être une façon illusoire de rester celui qu’on a été… Le parfum est une manière d’exprimer qui on est et ce que l’on ressent. Il peut refléter un état d’esprit, permettre de rester en lien avec quelqu’un qui n’est plus là ou servir de défense. Si vous portez du musc, par exemple, cela vous procurera un sentiment de sécurité. Même si on connaît les principes de base, la façon dont agit un parfum est très mystérieuse…


2003: Départ pour Paris. «J’ai 18 ans, j’achète un aller simple, je sais que tout va partir de là!»
2015: Création de sa première bougie. «Une fidèle traduction du retour aux sources après un voyage au Sri Lanka.»
2016: Ouverture de la boutique PhilippeK. «Je réalise que tout ce que je rêvais de faire est là, devant moi.»
2026: A mis au point le graal de la parfumerie. «Pendant 24 heures, chaque fiole permet de déclencher une émotion ou d’atteindre un objectif précis.»

www.philippek.com

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