Tenue de soirée exigée!

Son aptitude pour les sciences a quelque peu contrarié sa vocation artistique, mais chassez le naturel, il revient au galop! A la question originelle «Que voulais-je faire au départ?», la réponse est sans appel «De la haute couture, bien sûr!» Depuis, Nathalie Egea signe des robes de gala dont l’univers n’est pas sans rappeler celui de certaines séries fantastiques…

Comment passe-t-on d’une maturité scientifique au métier de styliste?
Oh là là, il y a eu pas mal d’étapes! Après ma matu, j’ai fait un master en sciences de l’éducation, puis j’ai travaillé comme secrétaire générale dans une association dans le domaine de l’autisme. A 27 ans, j’ai fait ma petite crise existentielle qui a eu le mérite de me remettre sur le droit chemin, celui de la création! Mais déjà enfant, je bricolais un tas de trucs en 3D avec tout ce que je trouvais… Du scotch, du carton, des tissus! J’ai pris des cours de couture, réalisé mes premiers modèles avec des tissus venus d’Asie et d’Inde que je vendais sur les marchés. Et puis, en 2010, je me suis fait voler tout mon stock et j’ai perdu mon job. Je me suis dit: «Soit tu continues à bricoler, soit tu te donnes un peu d’envergure!» J’ai choisi la deuxième option et j’ai conçu ma première collection, Be One, que j’ai présentée en 2015 à l’hôtel Tiffany au cours d’un défilé. La presse m’a très bien accueillie et les commandes ont suivi, ce qui m’a permis de faire une nouvelle collection…

Vos robes ont l’air tout droit sorties de la série Game of Thrones, est-ce voulu?
Pas vraiment, mais j’adore cette série et notamment les costumes! J’aime les robes longues, les détails, les superpositions, les manches interminables, les capes… Et j’ai un petit faible pour les films fantastiques et de sciencefiction. C’est peut-être pour ça que mes pièces sont un peu théâtrales. De toute façon, chaque fois que j’essaie de faire un vêtement de tous les jours, on me dit qu’il est trop chic ou trop élégant… C’est désespérant!

Quel sera le scénario de votre prochaine collection?
Be One était une sorte d’exploration de soi-même, Take off relatait plutôt une envie de se prendre en main, d’oser, Guardians sur laquelle je travaille en ce moment s’inspire de la nécessité de reconnecter les hommes et les femmes entre eux et sur l’idée que nous sommes différents mais égaux. Visuellement, ça pourrait se traduire par des hommes et des femmes en jupe et torse nu… J’y travaille!

L’élégance est-elle dans le détail?
Il n’y a pas vraiment de calcul dans ma façon de travailler, le vêtement se construit au fur et à mesure que je le fais, mais c’est vrai qu’un vêtement basique m’ennuie… Faire deux fois la même robe ne m’intéresse pas, de même qu’obéir à un calendrier n’a pour moi aucun sens. Créer coûte que coûte en fonction des saisons, c’est, pour moi, à coup sûr le syndrome de la page blanche… C’est comme demander à un écrivain d’écrire quand il n’a rien à dire!

Quel est pour vous le rôle du vêtement?
C’est l’interface entre ce que vous êtes et le monde qui vous entoure. C’est le pont qui permet de communiquer et en même temps de vous protéger. Vous pouvez jouer la femme soumise, la femme fatale, la femme enfant, choisir de vous cacher ou de révéler certains aspects de votre personnalité ou humeurs du moment… Et, je vous assure, les femmes excellent dans ce registre!

Si vous n’aviez qu’un seul vêtement dans votre penderie, quel serait-il?
La petite robe noire, parce qu’elle fonctionne en toutes circonstances. Elle est discrète, féminine, élégante. Mais si je peux ajouter encore un ou deux basiques, ce serait un jean, une paire de bottes cavalières et un trench. Franchement, avec ça, vous pouvez aller partout!


1996: Voyage à Calcutta. «Une grande claque qui a changé ma vision du monde!»
2004: Lance ses premiers modèles. «Avec la certitude d’être faite pour ça.»
2008: Naissance de son premier enfant. «Ce jourlà, ma fille m’a mise au monde!»
2010: Se fait voler son stock. «Un moment de vérité qui m’a permis de me relancer.»
3000: Observe le futur dont elle est «curieuse de voir ce qu’il reste de l’humanité…»
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