Un vin suisse, sinon rien!

Sa nature enjouée n’ôte rien à sa détermination! Née à Carcassonne, cette fille de négociants en vin, formée à l’Ecole hôtelière de Lausanne, se met au service des plus beaux palaces helvétiques avant de rejoindre VINEA, dont elle prend la direction en 2010. Depuis, elle n’a de cesse que de promouvoir les trésors des vignobles suisses. Entretien avec Elisabeth Pasquier pour qui le vin est, aussi, une affaire de femmes…

Le vin est-il encore l’apanage des hommes?
Je crois surtout qu’il ne faut pas faire du vin une cause féministe! Il y a des compétences partout, certaines femmes font des vins magnifiques. Je ne crois pas que l’absence des femmes jusqu’ici soit liée à un quelconque machisme mais plutôt à des conditions de travail difficiles, pas toujours conciliables avec une vie de famille.

Les femmes ont-elles investi toutes les filières du vin ou existe-t-il des domaines réservés aux hommes?
Disons que les fonctions de manutention sont encore essentiellement occupées par les hommes, mais on voit de plus en plus de femmes reprendre les vignobles familiaux. Le vin est devenu très tendance, elles sont de plus en plus nombreuses à l’acheter et à le consommer. Au salon VINEA, on observe qu’un visiteur sur deux est une femme!

Ont-elles le même rapport au vin que les hommes?
En tout cas, elles osent dire ce qu’elles sentent. Elles sont sincères et ont tendance à rechercher des accords. Je les trouve assez modestes dans leur discours qui ne s’encombre pas de termes ronflants. Ce qui ne les empêche pas d’être hyper-documentées!

En tant que femme dirigeante de VINEA, avez-vous dû mettre de l’eau dans votre vin pour vous imposer?
Disons qu’il faut savoir manoeuvrer en douceur, mais avec fermeté. Faire passer ses idées sans les imposer, parfois en faisant croire qu’elles ne viennent pas de vous mais de votre interlocuteur! Mon expérience de mère m’a beaucoup aidée dans ma fonction, car elle m’a appris à gérer plusieurs projets à la fois sans être désorientée par l’idée de ne pas les finir à l’instant t. J’essaie de garder la bonne distance. De toute façon, les pièces du puzzle finissent toujours par s’assembler!

Quelle est la force et l’avenir des vins suisses?
Leur diversité et leur grande qualité. On est loin des grands domaines mécanisés. Ici, le vin est fait à la main, c’est un vin d’artisan, mais la Suisse doit se donner les moyens de faire reconnaître son existence. Certains pays ne savent même pas que nous produisons du vin! Or, la concurrence étrangère est rude, nous devons absolument travailler notre image ici et à l’étranger en créant une marque vin suisse autour d’ambiances et d’histoires.

Quels sont les vins suisses les plus prometteurs?
Nous sommes victimes de notre diversité qui est aussi notre force, trop de cépages à communiquer. Nous avons des vins uniques que l’on ne trouve qu’ici, des spécialités comme le Completer ou la Petite Arvine qui peut servir de produit d’appel. J’avoue avoir un faible pour ce cépage qui donne des vins magnifiques.

Et si vous deviez boire votre vin jusqu’à la lie, lequel choisiriez-vous?
Je crois que j’opterais pour un vin du Tessin: «Il Canto della Terra» de la Cantina Monti. Sublime!


Fondée en 1994, l’association VINEA a pour but de promouvoir les vins suisses au niveau régional, national et international. Cette année, VINEA on Tour s’est exporté à Zurich. La 10e édition du Grand Prix du Vin Suisse a également fait monter sur le podium 36 vins suisses sur 73 nominés et le Prix de la Cave Suisse 2016 a été décerné à la cave Régence-Balavaud à Vétroz (VS). Une appli VINEA référence déjà 500 caves. www.vinea.ch

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