Culture Livres #17

Rire, sourire, rêver, voyager, mais aussi frémir et traquer les détails qui révéleront (peut-être) le réel – ou au contraire la fiction… Belle lecture!


Schlott
Mais qui est-elle, cette femme que l’on devine aussi intelligente que perturbée et qui interpelle à longueur de récit un interlocuteur invisible? Se disant modeste, Mme Schlott gris souris, mais se revendiquant espionne de l’intimité d’une autre, cette Bernadette plus belle, plus libre, plus lumineuse, elle installe le malaise au détour de chaque phrase, intensément dérangeante. «La confusion entre elle et moi était à son comble», avouet- elle bientôt, entraînant le lecteur au bord de sa propre folie. Plus le drame rôde, plus Schlott flamboie dans ce subtil jeu de miroirs et de mensonges.
D’Eléona Uhl, Ed. Héloïse d’Ormesson, 2016, CHF 19.90

Le retour des choses
De sa riche histoire de famille, aux figures et épisodes très romanesques – bien qu’ancrés dans un difficile XXe siècle – Sabine de Muralt fait un usage littéraire élégant et habile. Le retour des choses lui donne l’occasion de juxtaposer souvenirs et fiction dans une mosaïque de portraits, accrochés aux murs d’une demeure patricienne dans laquelle la jeune Cordélia se croyait à l’abri du passé… Le roman file souplement en laissant au lecteur bien des portes entrouvertes, comme dans toute bonne maison ancienne.
De Sabine de Muralt, Ed. de L’Aire, 2015, CHF 25.–

La Madeleine Proust, une vie, vol. 2: Ma drôle de guerre
Certes, Lola Sémonin n’est pas Suissesse, mais presque! Son personnage scénique de «la» Madeleine Proust, personnage dont le parler jurassien et la malicieuse philosophie sont si proches, se retrouve avec joie dans les souvenirs d’enfance de Madeleine devenus un roman. Ce deuxième tome (NB: se lit seul), qui voit l’adolescente aux prises avec la guerre, les réfugiés, les privations, mais aussi, la découverte de l’indépendance, est particulièrement émouvant, riche de détails familiers – et drôles aussi bien sûr!
De Lola Sémonin, Ed. Pygmalion, 2015, CHF 31.20

Confidences
Du Cameroun de son enfance, Max Lobe n’avait pas de grands souvenirs. Or, de son exil en Suisse lui est venue la nostalgie de son pays au destin mouvementé. Mais les femmes de son clan en ont, elles, et lors de son voyage en Afrique ces fortes personnalités au bagou plein d’ironie, de poésie et de sagesse lui font leurs confidences, entre petites histoires de famille et grande histoire de l’indépendance. L’humour fuse plus vite que les larmes cependant, et l’ivresse noie les drames, allégeant merveil-leusement ce retour au pays qui sacre le mot, le récit, la parole.
De Max Lobe, Zoé, 2016, CHF 28.–

Bénédicte 1
Hériter de la place de Burki à 24 heures n’était pas facile, mais Bénédicte a su tailler son chemin et marquer son territoire. Faussement naïfs, ses petits personnages à gros pif rond recèlent un formidable pouvoir évocateur, et c’est presque sans bouger le crayon qu’elle croque John Kerry ou Darius Rochebin! Quant à sa tournure d’esprit, elle n’est pas en reste, apparemment malicieuse mais en fait très claire dans l’intention de critiquer ou ridiculiser: quelques croquis refusés par le journal, en fin d’album, en font une démonstration étonnamment piquante!
De Bénédicte, 24 heures, 2015, CHF 29.–


EN VENTE DANS LES LIBRAIRIES PAYOT – www.payot.ch

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