Souvent réduites à un cliché, les hormones féminines accompagnent pourtant les grands tournants de la vie. De l’adolescence à la ménopause, leur rôle mérite un regard plus précis et plus apaisé.

Que sont les hormones?
Les hormones sont des messagères chimiques. Chez les femmes, les œstrogènes occupent une place centrale. «Les œstrogènes sont des hormones produites par l’ovaire entre la puberté et la ménopause. Elles ont un rôle essentiel dans la régulation des cycles menstruels», explique la Dre Antonella Valiton-Crusi, spécialiste en gynécologie et obstétrique à l’Hôpital de La Tour à Meyrin. Leur influence dépasse pourtant largement ce seul cadre et touche d’autres dimensions de la santé féminine.
Le cycle, une mécanique d’équilibre
Le cycle menstruel repose sur un dialogue subtil entre œstrogènes et progestérone. «Les œstrogènes stimulent la croissance de la muqueuse utérine, alors que la progestérone la stabilise en vue d’une éventuelle grossesse», résume la spécialiste. Lorsque cet équilibre varie, les règles peuvent devenir plus abondantes, plus irrégulières ou plus difficiles à vivre. Derrière ce rendez-vous mensuel, il y a donc une mécanique fine, qui évolue au fil des étapes de la vie.
La périménopause, une phase plus complexe qu’il n’y paraît
C’est souvent là que les choses se compliquent vraiment. Durant la périménopause, la progestérone baisse fréquemment avant les œstrogènes, ce qui provoque des fluctuations parfois difficiles à vivre: cycles imprévisibles, saignements abondants, fatigue, irritabilité, troubles du sommeil ou brouillard mental. Pour la Dre Valiton-Crusi, «la périménopause est beaucoup plus complexe», une période aussi «plus sournoise» et «plus difficile à traiter» que la ménopause elle-même. Cette transition reste encore trop peu identifiée, alors qu’elle déstabilise fortement de nombreuses femmes.
«La périménopause est beaucoup plus complexe», une période aussi «plus sournoise» et «plus difficile à traiter» que la ménopause elle-même.
— Dre Antonella Valiton-Crusi
La ménopause, bien plus que des bouffées de chaleur
À la ménopause, la baisse des œstrogènes devient plus nette. Les bouffées de chaleur en sont le signe le plus connu. La Dre Valiton-Crusi ajoute que «la chute des œstrogènes est associée à une augmentation du risque cardiovasculaire et d’ostéoporose.» La santé osseuse et cardiovasculaire entre donc pleinement en jeu, ce qui montre à quel point cette étape concerne l’ensemble du corps.
Des avancées médicales pour mieux accompagner les femmes
La prise en charge a cependant beaucoup évolué. «Les traitements hormonaux s’envisagent aujourd’hui de manière plus personnalisée, selon les symptômes et les antécédents, avec le principe clair de rechercher «la plus petite dose efficace». De nouveaux traitements non hormonaux offrent aussi des perspectives intéressantes. Pour la spécialiste, «ces nouveaux médicaments agissent sur le centre de régulation de la température et sont efficaces contre les bouffées de chaleur.»
«La chute des œstrogènes est associée à une augmentation du risque cardiovasculaire et d’ostéoporose.»
— Dre Antonella Valiton-Crusi
Les hormones ont un rôle bien plus complexe que ne le suggèrent les croyances populaires. Elles accompagnent les grandes transitions de la vie et éclairent, en filigrane, un enjeu plus vaste: celui d’une meilleure compréhension de la santé des femmes. Ces dernières années, la parole s’est d’ailleurs nettement ouverte. Dans les milieux médicaux, la prise en charge s’affine, et dans le monde de l’entreprise aussi, certaines réalités longtemps tues commencent à être mieux entendues. Cette évolution montre qu’au-delà des traitements, les femmes ont aussi besoin d’information, d’écoute et d’espaces où ces questions peuvent enfin être abordées avec sérieux et simplicité.