À Renens, l’exposition du Prix Dior de la Photographie et des Arts visuels pour Jeunes Talents offre une halte précieuse à la création émergente.
Entre introspection et imaginaire pop, deux artistes formées à l’ECAL incarnent la vitalité de la nouvelle scène photographique suisse.
Pour Marie Claire Suisse, c’est surtout l’occasion de regarder de plus près ce que cette escale dit de la scène artistique helvétique : deux artistes issues de l’ECAL y incarnent une relève suisse sensible, audacieuse et déjà remarquée à l’international.

Une vitrine internationale qui fait étape en Suisse
Après avoir été présentée à Arles en 2025, la 8e édition du Prix Dior de la Photographie et des Arts visuels pour Jeunes Talents s’est installée à la Galerie l’elac à Renens, jusqu’au 27 mars 2026. Créé en 2018 en partenariat avec LUMA Arles et l’ENSP d’Arles, ce prix a pour vocation de soutenir de jeunes artistes visuels venus de grandes écoles internationales, dans un dialogue entre photographie, vidéo et formes contemporaines de narration. Cette année, tous étaient invités à travailler autour d’un thème aussi simple qu’inépuisable : Face to Face.
Ce fil rouge donne lieu à des œuvres très personnelles, souvent intenses, qui explorent le rapport à soi, à l’autre, au corps, à la mémoire ou encore aux identités multiples. Mais dans cette édition, un détail retient particulièrement l’attention du public suisse : parmi les artistes distingués figurent deux talents issus de l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), Sara De Brito Faustino et Aline Savioz. Une présence qui confirme, une fois encore, la place de l’école lausannoise comme véritable incubateur de la nouvelle création visuelle.


Deux artistes suisses à suivre de près
Avec Sara De Brito Faustino, le face-à-face devient presque physique. Dans sa série A Home with no Roof, la jeune artiste suisse explore un territoire intérieur marqué par les blessures d’enfance, la mémoire du foyer et le besoin de réappropriation. Son univers est dérangeant, puissant et viscéral : un pied géant écrase des œufs, une dent se couvre de vers, des corps nus surgissent dans des jeux d’échelle inquiétants. Loin de toute esthétique décorative, son travail transforme l’image en espace de réparation. En déconstruisant et reconstruisant son vécu, elle fait de la photographie un langage de confrontation, mais aussi de reconstruction.

À l’inverse, Aline Savioz déploie dans Alien Love Call un imaginaire plus pop, plus romanesque, mais tout aussi travaillé. Sa série de six photographies en moyen format argentique raconte une histoire d’amour extraterrestre, nourrie par les codes des années 1950, des accents rétrofuturistes et une esthétique délicieusement stylisée. Une jeune femme au glamour assumé, un alien vert à la silhouette impeccable, un jazz club, un décor entre rêve et fiction : tout semble flotter dans une forme de mélancolie joyeuse. Sous sa légèreté apparente, son travail interroge pourtant lui aussi le désir, la projection et cette « nostalgie de l’avenir » qu’elle évoque comme un attachement à une époque que l’on n’a jamais connue, mais que l’on continue d’imaginer.

Quand Dior soutient l’émergence plutôt que l’image lisse
Ce qui rend aussi cette initiative intéressante, c’est le rôle joué par Dior. Dans l’univers du luxe, où l’image est souvent synonyme de maîtrise absolue, de perfection et de séduction, voir une maison de cette envergure soutenir des propositions aussi fragiles, expérimentales ou introspectives est loin d’être anodin.
Ici, Dior ne se contente pas d’apposer son nom sur un événement culturel. La maison participe à mettre en lumière une génération qui interroge notre époque, ses récits, ses contradictions et son trop-plein visuel aussi. Certaines œuvres de cette édition abordent d’ailleurs très directement la question de la fabrication des images, de leur épuisement, ou encore du dialogue entre photographie et intelligence artificielle. Cette ouverture donne au prix une vraie portée contemporaine, bien au-delà du simple mécénat de prestige.
Une exposition à voir pour comprendre ce que la relève raconte du monde
Pour le public romand, cette halte à Renens est plus qu’un rendez-vous culturel : c’est une occasion rare de découvrir, dans un même espace, les préoccupations esthétiques et existentielles d’une jeune génération internationale, tout en observant la place affirmée qu’y occupe la Suisse.
La présence de Sara De Brito Faustino et Aline Savioz donne à cette exposition un ancrage local fort, mais elle dit aussi quelque chose de plus large : la scène suisse n’est pas en retrait, elle participe pleinement aux récits visuels de demain. Et si Dior choisit aujourd’hui de l’éclairer, c’est peut-être parce qu’elle n’a plus besoin d’être révélée : elle est déjà en train de s’imposer.
Informations pratiques
Prix Dior de la Photographie et des Arts visuels pour Jeunes Talents
- Galerie l’elac, Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), Av. du Temple 5, 1020 Renens
- Du 27 février au 27 mars 2026
- Du mercredi au vendredi, de 13h à 17h
- Entrée libre
- Informations complémentaire ICI.