Samira Marquis «Je n’ai jamais fini d’apprendre»

De l’industrie au luxe et à l’horlogerie, puis à la direction de la Vaudoise aréna, Samira Marquis n’a jamais suivi une trajectoire toute tracée. Depuis cinq ans, elle pilote l’une des plus importantes infrastructures de Suisse romande, à la croisée du sport, de la culture et de l’événementiel.

Samira Marquis, à la direction de la Vaudoise aréna
Samira Marquis © Niels Ackermann

Rencontre

Son parcours révèle une femme qui a appris à occuper sa place sans se conformer à un modèle. Au fil des expériences et des responsabilités, elle a trouvé sa propre manière de diriger, sans renoncer à ses besoins ni à ses convictions. Une personnalité indépendante, façonnée par ses expériences et par les femmes qui ont marqué sa vie.

TROIS QUESTIONS À SAMIRA MARQUIS

– Vous avez traversé plusieurs univers professionnels. Qu’est-ce qui vous attire dans les nouveaux défis?

L’envie de construire. Je n’aime pas le statu quo. J’aime arriver dans un environnement, comprendre son fonctionnement, faire évoluer les choses et accompagner les équipes dans cette transformation. Ce qui me motive, ce sont les projets, les défis et surtout les personnes avec lesquelles je les mène. Je suis convaincue que les meilleures idées naissent lorsque chacun ose s’exprimer. C’est pour cela que je crois autant à l’intelligence collective. Le rôle d’une dirigeante consiste aussi à écouter, à accepter la contradiction et à créer les conditions pour que les compétences de chacun puissent véritablement s’exprimer. Les savoir-faire techniques sont essentiels, mais les qualités humaines font souvent toute la différence.

– Dans des environnements longtemps très masculins, comment avez-vous appris à occuper votre place sans renoncer à vous-même?

Au début de ma carrière, il y avait très peu de femmes autour de la table et pratiquement aucun modèle auquel m’identifier. Jeune maman, j’ai compris qu’il fallait parfois oser exprimer ses besoins. Je me souviens d’avoir demandé que les réunions ne soient plus systématiquement organisées très tôt le matin ou tard le soir. Cette expérience m’a appris qu’affirmer ses limites n’est pas un signe de faiblesse. Au contraire, c’est une manière de rester fidèle à soi-même. Aujourd’hui, je suis heureuse de voir davantage de femmes accéder à des fonctions dirigeantes. Je reste toutefois convaincue que les responsabilités doivent être confiées en fonction des compétences, dans des instances où la diversité des parcours et des points de vue enrichit réellement les décisions.

– Quelles femmes ont contribué à faire de vous celle que vous êtes aujourd’hui?

J’ai eu la chance d’être entourée de femmes très inspirantes, notamment ma grand-mère, qui fut l’une des premières femmes chirurgiennes en Iran. Elle m’a transmis le goût de l’indépendance, mais aussi une certaine philosophie de la vie. Elle disait par exemple que les reptiles sont agréables tant qu’on les caresse dans le sens de leurs écailles… mais qu’ils blessent lorsqu’on va à contre-sens. Avec le temps, j’ai compris la sagesse de ces images. Aujourd’hui encore, elles m’accompagnent. Et puis il y a ma fille, âgée de 23 ans, dont je suis immensément fière. J’admire profondément sa génération. Je la trouve engagée, curieuse et ouverte sur le monde. Elle me rappelle chaque jour que je n’ai jamais fini d’apprendre.

Le TAC au TAC

Votre premier réflexe en découvrant la Vaudoise aréna? «Waouh… c’est immense! Et il y a beaucoup de béton!»

Le sport qui vous ressemble le plus? «Un peu chacun d’eux. Le hockey pour l’esprit d’équipe, la natation pour les moments où je me retrouve seule avec moi-même, et l’escrime pour sa combativité.»

Une femme qui vous inspire «La poétesse iranienne Forough Farrokhzad.»

Votre moment préféré de la journée? «J’aime chaque moment. Le matin face au lac, les enfants qui arrivent à la Vaudoise aréna, les événements qui prennent vie, puis le retour auprès de ma famille le soir.»

Votre devise? «Même pas peur.»

Que peut-on vous souhaiter? «De garder mon enthousiasme.»